L’orange d’acridine est un colorant fluorescent important, largement utilisé comme coloration spéciale en microbiologie pour détecter et différencier rapidement les micro-organismes, en particulier les bactéries et les champignons, dans les échantillons cliniques en colorant leurs acides nucléiques. Sa capacité à se lier à la fois à l’ADN et à l’ARN permet la visualisation des micro-organismes avec une grande sensibilité, souvent supérieure à celle des colorations de Gram traditionnelles, notamment lorsque le nombre de microbes est faible.
Principe et mécanisme de la coloration à l’orange d’acridine
L’orange d’acridine est un fluorochrome qui s’intercale entre les paires de bases des acides nucléiques — ADN et ARN — présents dans les cellules microbiennes. Lorsqu’il est exposé à une excitation par lumière bleue (généralement 450-490 nm), l’orange d’acridine émet une fluorescence de couleurs différentes en fonction du type et de la concentration d’acides nucléiques auxquels il est lié. Les zones riches en ADN, comme les chromosomes bactériens, émettent une fluorescence verte intense, tandis que les zones riches en ARN, comme les ribosomes, présentent une fluorescence plus orangée ou rouge. Cette fluorescence différentielle permet de détecter et de distinguer les micro-organismes des cellules hôtes et des débris de fond dans les échantillons cliniques.
À pH acide (environ 4,0), l’orange d’acridine colore les bactéries et champignons en orange vif, tandis que les cellules humaines et les matériaux de fond apparaissent verts à jaunes. Ce contraste améliore la sensibilité de détection des microbes, même dans des échantillons contenant une faible charge microbienne.
Applications en microbiologie
- Détection rapide des bactéries dans les hémocultures, facilitant un diagnostic plus précoce de la bactériémie par rapport à la culture ou à la coloration de Gram seule.
- Identification et dénombrement des bactéries vivantes et mortes dans les échantillons cliniques, grâce à sa liaison aux acides nucléiques indépendamment de la viabilité cellulaire.
- Visualisation des champignons et levures dans les échantillons cliniques.
- Dépistage du liquide céphalo-rachidien et d’autres échantillons difficiles présentant une faible charge microbienne.
- Détection des micro-organismes dans divers fluides corporels, tissus et exsudats.
- Mise en évidence de Trichomonas vaginalis, Neisseria gonorrhoeae, Helicobacter pylori et des mycoplasmes.
Comparée à la coloration de Gram, l’orange d’acridine présente une sensibilité plus élevée (environ 60 % contre 56 %) sans perte de spécificité, ce qui en fait un excellent complément ou une alternative, en particulier dans les frottis purulents mais Gram négatifs, ou dans les échantillons où l’interprétation de la coloration de Gram est difficile.
L’orange d’acridine est une coloration fluorescente précieuse en microbiologie en raison de sa capacité à se lier aux acides nucléiques et à produire une fluorescence différentielle, permettant une détection rapide et sensible des bactéries et champignons dans les échantillons cliniques. Son utilisation est particulièrement bénéfique dans les hémocultures et les échantillons difficiles, améliorant la détection précoce et aidant au diagnostic clinique. Bien que nécessitant un microscope à fluorescence et certains tests de confirmation, l’orange d’acridine reste un outil puissant en diagnostic et en recherche microbiologique.
Cette méthode de coloration constitue un élément essentiel des colorations spéciales utilisées dans les laboratoires de microbiologie, en complément des colorations traditionnelles, et renforce la capacité diagnostique grâce à la visualisation des acides nucléiques par fluorescence.

